Des décisions difficiles ont sorti la Finlande de la crise des années 1990


La Finlande est devenue une référence en termes de gestion d’économie, d’éducation et de compétitivité. Elle a raflé plusieurs premières places dans le Rapport sur la compétitivité du Forum économique mondial (WEF), et la stabilité de son économie est appréciée par les agences de notation financière. Cependant, on ne connaît pas la fin de l’histoire. En effet, la Finlande doit encore faire face à d'autres défis, tels que le vieillissement de la population et le manque de main-d’œuvre.

Lorsque l’on compare la situation actuelle à la profonde récession que la Finlande a traversée au début des années 1990, on mesure l’essor fulgurant que le pays a connu. Certains évoquent même un miracle. Cependant, dans les faits, il a fallu beaucoup d'efforts. Face aux difficultés, les Finlandais ont retroussé les manches et ont adopté une approche pragmatique pour les résoudre.

Kuva: Suomen Pankki Photo : Banque de Finlande

Le chantier fut de taille. La libéralisation des marchés financiers et la dérégulation effrénée des mouvements de capitaux pendant la conjoncture favorable des années 1980, de même que le recours aux taux de change fixe, ont conduit à la surchauffe de l’économie. L’abondance des crédits bancaires qui a suivi, ainsi que la mauvaise gestion des risques, ont contribué à la crise bancaire lorsque la conjoncture favorable a changé au début des années 1990.

Outre cette crise bancaire et la mauvaise conjoncture internationale, la Finlande doit faire face à un autre événement: l’éclatement de l’Union soviétique, qui entraîne l’effondrement du commerce bilatéral avec ce pays, partenaire commercial important. À la place d'une conjoncture basse habituelle, la Finlande est frappée par une récession sévère. Le chômage explose, passant de moins de 5 % à 16 % et le produit intérieur brut chute de plus de 10 % en deux ans. 

La gestion de la récession augmente la dette publique à près de 70 % du PIB et l’économie publique devient fortement déficitaire. Les taux d’intérêt des emprunts de l’Etat s’envolent, dépassant les 10 %, alors que l'incertitude pèse sur l’économie du pays.

L’abandon de la politique de la monnaie forte

Afin de retrouver la confiance des marchés, la Finlande décide d’abandonner la politique de la monnaie forte. En 1991, l'Etat dévalue de 10 % son unité monétaire de l’époque, le mark finlandais. Ceci ne s’avère pourtant pas suffisant, et à l’automne 1992, on laisse flotter le mark. Ainsi sa valeur extérieure est déterminée librement sur le marché des devises. Par la suite, le mark s’affaiblit fortement, ce qui soulage le poids des emprunts contractés en marks finlandais et donne un coup de fouet à la compétitivité internationale de l’industrie exportatrice. C’est d’ailleurs tirée par les exportations que l’économie reviendra enfin vers une nouvelle croissance. 

Les réformes économiques et la rigueur sur les dépenses publiques ont également contribué à faire revenir la confiance des marchés

”La stabilisation de l’économie publique était importante. Le système bancaire finlandais peinait à trouver des financements, alors qu’un manque de confiance régnait parmi les investisseurs internationaux. La balance des paiements courants de la Finlande était fortement déficitaire, le degré de solvabilité de l’Etat faible et le refinancement sur les marchés internationaux difficile. Dans ce contexte, il paraissait indispensable de couper les dépenses publiques et de réduire le déficit budgétaire », décrit Sixten Korkman, professeur à l’université Aalto et l’un des spécialistes les plus renommés de l’économie finlandaise. Au long de sa carrière, il a dirigé, entre autres, l’Institut finlandais de recherche sur la vie économique (ETLA), ainsi que le Conseil pour les Affaires économiques et financières du Conseil des ministres de l‘Union européenne (ECOFIN).

Kuva ETLA Professeur Sixten Korkman

L’objectif du gouvernement finlandais était de réduire la dette publique et de stabiliser l’économie. Pour augmenter la rigueur, il met en place un dispositif budgétaire où les dépenses sont encadrées pour toute la durée de la législature dès le début de celle-ci. L’internationalisation de l’économie ainsi que la restructuration de l’industrie de base vers l’industrie informatique sont également favorisées. L'Etat vise l’adhésion de la Finlande à l’Union européenne, ce qui s’est réalisé en 1995; puis en 1999, l’adhésion à l’Union économique et monétaire.

Les avantages de l’Etat-providence, qui avaient été rapidement augmentés dans les années 1980, sont maintenus pendant la récession comme un filet de secours, mais les réductions des dépenses publiques et les suppressions des avantages sont inévitables. Les mesures d’austérité et la privatisation de certaines fonctions font aussi diminuer le nombre d’emplois dans le secteur public.

Les communes sont elles aussi fortement touchées par ces mesures, du fait de la diminution des aides de l’Etat. Les hausses des dépenses sociales, telles que les allocations chômage, sont gelées et leurs conditions resserrées. Les allocations familiales et logement sont réduites, les augmentations de retraites revues à la baisse, les franchises de la sécurité sociale augmentées et les services de santé rendus plus efficaces. La cure d’austérité de l’économie publique des années 1990 ne restera pas un phénomène passager. Au contraire, les questions de l‘évaluation des revenus, de l’efficacité et des réformes relatives à la qualité des services publics deviennent monnaie courante.

« Le problème, c’est qu’à la fin des années 1980, les avantages ont été augmentés au-delà de la vraie capacité de l’économie. Une correction était donc nécessaire pendant la récession. Des erreurs ont certes été commises, mais la Finlande restait malgré tout un vrai Etat-providence, comparé à l'échelle internationale », constate le professeur Korkman.

La Finlande voit naître un modèle qui fait valoir l’équité, la responsabilité individuelle et l’efficacité du système, tout en alliant l’Etat-providence et les marchés peu réglementés.

Professeur Korkman: La crise est également une opportunité

C’est un consensus largement partagé sur la nécessité des mesures à prendre, qui permet de vaincre la récession. Le gouvernement du début des années 1990 paie le prix politique de ses mesures d’austérité en perdant les élections, mais le gouvernement suivant continue à équilibrer les comptes publics. Les partenaires sociaux comprennent, eux aussi, la gravité de la situation et adoptent une attitude favorable aux négociations.

Kriisi on aina myös mahdollisuus La crise est également une opportunité

« La Finlande est effectivement une société consensuelle. Mais les décisions ont été prises même quand il n’y avait pas de consensus. Cela fait partie de la culture politique de la Finlande – quand on est en crise, on prend des décisions. L’histoire de la Finlande montre que la crise est toujours une opportunité, car il devient alors possible de prendre des mesures qui, en temps normal, seraient totalement impossibles » dit le professeur Korkman.

Les programmes des gouvernements des années 1990 visent aussi à sécuriser l’emploi, fortement touché, et à stabiliser le niveau des prix. Augmenter la formation de la main-d’œuvre fait partie des mesures de la politique de l’emploi.

Les conventions collectives modérées tiennent l’inflation à distance et la banque centrale peut pratiquer une politique des taux d’intérêt bas.

Un des facteurs de l’essor de la Finlande fut le fort investissement dans le capital humain, débuté partiellement déjà avant la récession. Le haut niveau du système éducatif ainsi que les investissements dans la politique d’innovation, même en temps difficiles, favorisent le développement d’une économie de haute technologie. Parallèlement, les marchés sont ouverts à la concurrence. Dans ce contexte, la transformation de Nokia d’un conglomérat à une entreprise de télécommunications est un coup stratégique réussi, qui profite à toute l’économie nationale. Une industrie électronique forte et innovatrice se forme autour de Nokia et donne des ailes à la forte croissance économique du pays.

La réforme de 1993 rend la fiscalité plus compétitive et joue un rôle important dans la restructuration de l’économie. L’impôt sur les sociétés est basé sur un taux modéré et une assiette fiscale élargie. L’imposition des revenus d'activité et des revenus des capitaux sont différenciés. Enfin, un dispositif de crédit d’impôt pour les sociétés (avoir fiscal) est mis en place, ce qui encourage les investissements. 

 « Ceci a facilité la nouvelle répartition du capital qui a, sans aucun doute, favorisé la restructuration, qui fut très brusque pendant la récession, et grâce à laquelle le développement de la productivité fut plutôt rapide », souligne le professeur Korkman.

Les expériences de la récession n’ont pas été oubliées

L’actuelle situation économique exemplaire de la Finlande est donc la somme de plusieurs facteurs, incluant la politique monétaire, la politique financière stricte, la politique fiscale compétitive ainsi que la politique d’innovation. Le pays garde en mémoire l'expérience de la récession, et c’est dans ce contexte qu’elle fait face à la situation actuelle et aux défis de la zone euro.

Le cas de la Finlande peut servir de modèle surtout pour les restructurations à long terme, bien que toutes les mesures ne conviennent naturellement pas à tout le monde. N’oublions pas que pour les pays actuellement en crise dans la zone euro, le problème des dettes est nettement plus important que pour la Finlande pendant la récession des années 1990 et que la conjoncture internationale est moins favorable. La dévaluation n’est pas non plus possible dans les pays de la zone euro.

La Finlande est bien consciente que l’on ne connaît pas la fin de l’histoire. Le pays doit faire face notamment au vieillissement de la population, au manque de main d’œuvre ainsi qu'à de nouveaux problèmes relatifs aux exportations et à la compétitivité.

« En règle générale, on peut dire que c’est la conscience de la crise, survenue après la récession, qui a permis de réaliser les réformes structurelles significatives, grâce auxquelles le développement de la Finlande a longtemps été très favorable. Nous avons les mêmes problèmes qu’ailleurs, mais ils sont atténués par le fait que la situation de nos finances publiques demeure encore forte  » dit le professeur Korkman.

Après avoir vaincu la récession des années 1990, et grâce à la forte croissance qui a suivi, la Finlande, endurcie par cette expérience difficile, est aujourd’hui plus apte à faire face à la crise actuelle.

Liens :
La Confederation des Entreprises Finlandaises

Piia Immonen-Seuguenot                                                                                                            

(Traduit du finnois)