Surprises aux élections municipales en Finlande
Tous les signes avant-coureurs indiquaient que le résultat des élections municipales, qui se sont tenues en Finlande le dimanche 24 octobre dernier, était acquis d’avance. La campagne électorale, maussade, et tous les sondages d’opinion promettaient un résultat sans surprise. Il en a été autrement.
Le Parti Social-Démocrate (SDP) et le Parti de Rassemblement national (Kokoomus) ou Conservateurs, qui représentent la droite modérée, sont les vainqueurs de la consultation électorale. Le SDP a retrouvé, par la même occasion, sa place de plus grande formation politique devant le Centre ; celui-ci avait ravi ce leadership aux sociaux-démocrates lors des parlementaires de 2003. Le Centre est le grand perdant des élections, tandis que l’Alliance de Gauche (Vasemmistoliitto) et les Verts (Vihreät) reculent légèrement.
Le résultat des élections municipales n’a pas d’incidence directe sur la politique au niveau national et, sur le plan pratique, il n’affecte en rien le fonctionnement du gouvernement majoritaire dont le Centre et le SDP forment l’ossature. Les communes jouissent, en Finlande, d’une vaste autonomie et la mise en oeuvre des services de base est leur principale mission. Contrairement à ce qui se passe au plan national, la politique municipale n’est pas une partition gouvernement-opposition; le pouvoir est ventilé entre tous les groupes politiques, conformément au soutien qu’ils ont reçu aux municipales.
Le Premier Ministre Matti Vanhanen, qui est aussi le chef de file du Centre, et le président du SDP Paavo Lipponen, qui est aussi le Président de la Chambre, se sont empressés d’assurer que la coopération gouvernementale entre les deux partis, donc au plan national, se poursuivra normalement. Le résultat électoral n’en a pas moins donné à tous les partis une sorte de bulletin intermédiaire en même temps qu’une indication sur la tendance de leurs courbes de popularité respectives, avant les élections présidentielles de 2006 et les parlementaires de 2007.
Le système politique finlandais et la carte politique du pays présentent une telle stabilité que les élections font rarement place aux bouleversements. Les reports de voix d’un parti à un autre sont assez faibles d’une consultation électorale à la suivante. Et pourtant, pour cette raison précisément, les petits changements peuvent avoir de grandes conséquences.
Le Centre a menacé le leadership du SDP
Le SDP a été traditionnellement le plus grand parti sur l’échiquier politique finlandais. Le Centre, qui a modernisé son image de marque, n’en a pas moins talonné les sociaux-démocrates ces dernières années, menaçant et même ravissant temporairement leur leadership. Le Centre a réussi à gagner du terrain dans les villes, où le SDP et les Conservateurs ont longtemps été en position de force.
Aux élections municipales, les suffrages recueillis par le Centre marquent un recul d’un point par rapport aux élections municipales de 2000 et même de 1,9% par rapport aux élections parlementaires de 2003. Au plan de la politique nationale, le Centre a passé huit années consécutives dans l’opposition (de 1995 à 2003). Cette période passée dans l’opposition a eu pour effet de grossir sa popularité, et son retour au gouvernement a recommencé à entamer celle-ci.
Le résultat électoral du Centre est également surprenant dans la mesure où son chef de file, le Premier Ministre Matti Vanhanen, est une personnalité politique dont la popularité est quasiment égale à celle de la Présidente de la République Tarja Halonen. La popularité individuelle de Vanhanen n’a pas pour autant profité à son parti.
Le Centre s’est lancé dans la campagne électorale en s’appuyant sur une stratégie qui n’était pas la bonne. Une nouvelle fois, ce parti avait la meilleure publicité électorale. Mais en faisant le choix d’un profil bas, dans sa campagne électorale, il abandonnait une partie du terrain aux deux autres grands partis, à savoir au SDP
et aux Conservateurs. Fait significatif également, les premières élections menées par le Centre sous la présidence de Vanhanen se sont traduites par une défaite de son parti. Celle-ci n’affecte pas encore la position de son leader actuel, mais c’est un premier rappel à l’existence de la mortalité politique.
Vanhanen a commis la même erreur d’estimation que l’ancien chef de file des Conservateurs, Ville Itälä ; à la suite de la sérieuse défaite essuyée aux élections parlementaires, celui-ci avait du démissionner de la présidence de son parti. Le débat électoral télévisé, à la veille des élections, a clairement révélé l’erreur d’estimation de M. Vanhanen; dans ce débat, Paavo Lipponen et le nouveau président des Conservateurs, Jyrki Katainen, se sont affronté de manière spectaculaire sur la question de la privatisation des services municipaux. Vanhanen ne prit pas part au débat ; toute l’attention s’est reportée sur le SDP et les Conservateurs, comme l’a montré le résultat électoral des trois grandes formations politiques.
Vanhanen a lui-même estimé que les partisans de son parti considéraient comme acquis le bon résultat électoral promis par les sondages. C’est pourquoi bon nombre d’entre eux n’ont pas fait l’effort d’aller voter. Parmi les grandes formations politiques, le SDP éprouve généralement des difficultés à mobiliser son électorat et à l’inciter à se rendre aux urnes. Le résultat du Centre a peut-être été également affecté par le débat sur les futures aides communautaires et nationales à l’agriculture, débat qui déchiré les rangs de ce parti. Le Centre trouve dans la population rurale sa base électorale la plus stable.
Malgré sa défaite électorale, le Centre reste, de loin, le parti politique le plus largement représenté à l’échelon municipal. Cette situation s’explique par l’abondance des petites communes rurales en Finlande. Le nombre des élus locaux dans ces communes y est proportionnellement plus élevé que dans les communes de grande taille. Comparé à son électorat, le Centre est ainsi surreprésenté dans les conseils municipaux. La Finlande compte près de 450 communes (les villes y sont également considérées comme des communes); au total, environ 12.000 élus siègent dans les conseils municipaux. Pour les quatre prochaines années, plus de 4.400 d’entre eux sont des élus du Centre.
Du baume sur les plaies pour Lipponen
Le résultat électoral du SDP est une véritable manne, surtout pour le président du SDP, Paavo Lipponen, et pour le secrétaire de ce parti, Eero Heinäluoma, considéré comme le principal candidat pour lui succéder. Pour Lipponen, qui fut premier ministre pendant huit ans, la relégation au deuxième rang lors des dernières élections parlementaires avait le goût amer d’un échec, en raison duquel il renonça à siéger au gouvernement. La victoire de son parti aux municipales le dédommage agréablement.
Le bon résultat du SDP soulève une interrogation: quelle influence aura-t-il sur la partie qui se joue pour la présidence de ce parti. Le Congrès du SDP se réunit l’été prochain. L’annonce du retrait de Lipponen était attendue ; un mauvais score électoral aurait accru la pression en ce sens. Lipponen doit-il s’effacer alors qu’il est victorieux ou, au contraire, désire-t-il peut-être continuer?
Autre fait en rapport avec cette décision : la présidente de la République Tarja Halonen, elle-même issue des rangs du SDP, n’a pas encore annoncé si elle briguera ou non un second mandat présidentiel de six ans. Le ministre des Affaires étrangères Erkki Tuominoja, social-démocrate lui aussi, a indiqué qu’il annoncera avant la fin de l’année s’il présente sa candidature à la présidence de son parti lors du Congrès du SDP. Les autres candidats potentiels, en premier lieu le ministre des Finances Antti Kalliomäki, garde encore le silence sur ses intentions.
L’homme le plus satisfait de la soirée, au terme des élections, était cependant Jyrki Katainen, chef de file des Conservateurs depuis quatre mois seulement. Les suffrages obtenus par son parti représentent un gain d’un point seulement par rapport au résultat des élections municipales de 2000 ; mais, par rapport aux élections parlementaires de l’an dernier, le gain atteint trois points. Au vu de ce que lui promettaient les sondages, ce résultat est une surprise.
La popularité du Parti de Rassemblement a même été plus forte dans le passé ; mais après la dispersion qui a marqué la période durant laquelle Itälä a été aux commandes de ce parti, une victoire même modeste était importante pour les Conservateurs. Un résultat selon les sondages aurait conforté l’image d’un parti en perte de vitesse, passant de la catégorie des grands partis à une formation d’importance moyenne, définitivement distancée par le SDP et par le Centre. Au lendemain des élections, M. Katainen a fixé comme nouvel objectif de faire des Conservateurs le plus grand parti. Sans fixer, il est vrai, l’objectif en terme de calendrier.
Les prochaines élections parlementaires s’annoncent donc captivantes. Le résultat des élections a donné une leçon au Centre; s’il ambitionne de reconquérir la place de plus grand parti, il doit aiguiser sa politique. Ce qui sera peut-être difficile, car le Centre, principale formation de la coalition gouvernementale, porte la responsabilité première des affaires de la République. Le résultat engrangé par les Conservateurs leur donne un nouvel élan dans la perspective des parlementaires ; et du fait qu’il est dans l’opposition, il a le vent en poupe.
Parmi les autres partis, les Verts ont fait aux municipales un résultat modeste, dont la portée est plus étendue. Aux précédentes élections municipales, à Helsinki, les Verts devançaient les sociaux-démocrates et se hissaient au deuxième rang, après les Conservateurs. Pour le SDP, c’était une humiliation. L’ordre d’importance entre ces derniers et les Verts a été rétabli. Dans le reste du pays, où ils sont loin d’être aussi forts que dans la région de la capitale, les Verts ont renforcé leur popularité. Le résultat à Helsinki permet de conclure que la popularité des Verts est désormais à un niveau d’où il leur sera difficile de progresser.
Directeur du bureau de rédaction Kyösti Karvonen, Kaleva